ACHROMATIES

DE JEAN-PAUL NOGUÈS

 

DÉMARCHE

Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable. William Somerset Maugham

« Petit-fils d’immigré républicain espagnol, mon travail est traversé par une énergie libertaire de par mes convictions mais aussi au sens où mon activité est solitaire et veut s’affranchir des réflexes de la photographie académique. Fils unique, c’est seul que j’ai créé mon univers d’images mentales. Si le geste photographique est souvent réduit à « l’instant décisif » cher à Cartier Bresson, je m’inscris plutôt dans une recherche de « l’instant contemplatif ». Ces quelques secondes de temps suspendu où les corps et les éléments se figent et où les émotions se cristallisent.

Toujours à l’affût de moments de vie, publics ou intimes, avec un refus du spectaculaire comme sujet ou valeur photographique, je recherche la simplicité de la capture d’image et le geste facile comme on pouvait le faire avec les appareils Lomo ou Zenit au faible piqué. Comme l’a dit Jean-Luc Godard avec malice : « Les Impressionnistes, ce n’était pas de la Haute Définition ! »

Mon univers tourne autour des thèmes de la condition humaine, la nature, le corps et l’intime. De la figuration à l’abstraction, je développe un regard sensible conjuguant étrangeté et passion. Ma vision du corps féminin écarte la vulgarité et les stéréotypes glamour de la photo de nu en respectant les corps dans leurs singularités et leurs histoires, allant d’une délicate suggestion à un érotisme jubilatoire.

Ma pratique et ma culture du cinéma expérimental font que je réalise mes clichés sans apprêt, dans une sorte de transe fulgurante proche d’un bref état de conscience modifié. Parmi mes travaux en noir et blanc intitulés achromaties, je déploie plusieurs recherches : la prise de vue non recadrée, la double exposition sur un même lieu et l’abstraction tapie dans la réalité. La question des procédés des prises de vues est pour moi accessoire et on se trompe souvent sur ma technique photographique. J’effectue mes prises de vues en numérique avec un Canon EOS M50 et un iPhone 8 Plus. J’utilise l’application pour smartphone Hipstamatic à la prise de vue ou en post-production en détournant ses pré-réglages par une manipulation manuelle des paramètres. Puis je retourne sur Photoshop pour finaliser mes photographies avant tirage.

Chacune de mes photos est une pièce de puzzle d’un voyage intérieur au long cours. Avec, quelque soit le lieu ou le moment, un point de vue intime, un regard personnel mélancolique ou émerveillé ».